[CHRONIQUE LIVRE] LES NUITS DE SHEHERAZADE // RENEE AHDIEH

J’aime le principe des réécritures. Prendre des textes fondateurs comme les contes et les actualiser, leur ajouter des éléments nouveaux pour les rendre plus proches des lecteurs est un principe qui me parle. Quand j’ai découvert cette réécriture des Mille et une nuits grâce à Tumblr (où je trouve toujours de bonnes idées de lecture !), j’ai immédiatement voulu découvrir cet ouvrage.



Je tiens à dire que j’ai littéralement grandi avec les Mille et une nuits. Je connais plutôt bien l’histoire originale car elle m’a bercé toute mon enfance. Et je pense que ça a joué un grand rôle dans ma façon de percevoir ce roman. Je tenais à le préciser car je crois qu’ainsi, on peut mieux comprendre mon ressenti !

RESUME

Shéhérazade décide d’épouser le jeune calife Khalid Ibn al-Rashid pour venger la mort de son amie Shiva, assassinée comme toutes les précédentes épouses du calife. Elle essaye d’échapper à sa sentence en lui racontant tous les soirs un conte. Son projet véritable est de se venger du calife en le tuant mais elle tombe amoureuse de celui-ci ce qui contrarie sérieusement son objectif initial.

L’INTRIGUE

On suit notre héroïne dans un quête de revanche rapidement avortée à cause de ses sentiments naissants pour le calife, Khalid. A noter également, une sous-intrigue qui doit faire le lien entre tous les tomes de la saga. Sous-intrigue qui m’a semblé trop survolé car je l’ai trouvé infidèle à l’esprit des Mille et une nuits. De plus, l’auteure à recours à la magie, et là encore, la manière dont elle l’emploie m’a paru peu convaincante et pas suffisamment introduite dans l’histoire.

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PENSEES SUR LE LIVRE

Pour moi, l’intérêt d’une réécriture est de prendre une histoire connue de tous, qui fait partie de l’imaginaire collectif. On en tire ses points positifs et on lui apporte des éléments nouveaux pour donner un éclairage plus actuel, réactualiser l’histoire, la rendre plus accessible aussi.

Les limites de ce livre est l’incapacité de René Ahdieh à saisir l’essence des Mille et une nuits. C’est-à-dire, tirer les meilleurs éléments et y incorporer de la nouveauté, de nouvelles choses.

Par exemple, le motif principal du texte repose sur le fait que le calife, trompé par son épouse, décide d’épouser chaque jour une femme et l’exécuter pour se venger. Dans sa logique, en sacrifiant tous les matins une nouvelle femme, il se venge sur l’ensemble de la gente féminine de ses déboires conjugaux (rappelons que le personnage du calife est dépressif et imprévisible). Les peines de cœur du calife bouleverse littéralement l’ordre de son empire qui est, à l’origine, est immense. 

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Dans le roman Captive, l’auteure réduit les provinces du calife à une région Khorasan, pas spécialement grande si on devait comparer à l’empire fictif des Mille et une nuits où le calife règne de l’Arabie jusqu’à la Chine. Déjà, ce choix fausse les enjeux, selon moi. Ensuite, les Mille et une nuits reprend comme thème majeur celui du prince désepéré par la trahison de son épouse. Cette base est excellente. Je ne comprend pas pourquoi l’auteure à changer cette intrigue, la dénaturant complètement et rendant son roman superficiel.

Car changer cette intrigue de base, c’est perdre en même temps le rôle des contes dans l’histoire. En effet, le but des contes étaient de montrer au calife Shahryar (oui, il ne s’appelait pas Khalid, là encore, le changement m’a paru inutile. Dans ce cas pourquoi n’a-t-elle pas changé le prénom de Shéhérazade également ?).

Donc, je reprend, l’objectif était de montrer au calife que des valeurs comme la charité, la solidarité, la justice étaient primordiales dans sa vie. C’était une manière détournée pour Shéhérazade de lui montrer les qualités dont il devait faire preuve pour être un bon gouverneur et une sorte de thérapie pour qu’il puisse sortir de cette spirale destructrice qu’il avait crée et qui avait des conséquences néfastes pour lui comme pour son peuple. Mais dans ce roman, les contes de Shéhérazade perdent tout leur sens puisque Khalid n’est pas poussé par un esprit de vengeance à tuer ses épouses mais par obligation, et ça, c’est selon moi, la pire erreur que l’auteure a fait en construisant son intrigue. 

MON AVIS PERSONNEL

D’où mon interrogation, si on enlève ce qui fait la force, le sens et le coeur d’un récit, peut-on appeler Captive une réécriture ? 

Ma réponse est non. Captive n’est pas une réécriture des Mille et une nuits mais plutôt une histoire qui reprend quelques prénoms de personnage, un semblant des contes des Mille et une nuits, la comparaison s’achève là. Ce qui me chagrine vraiment avec ce bouquin c’est d’avoir l’impression que l’auteure n’a pas lu les Mille et une nuits. En lisant des interviews de Renée Ahdieh dans le but de comprendre sa démarche, je me suis rendue compte que c’était le cas. Le plus amusant c’est à la question quelles héroïnes en littérature vous inspire le plus ? Elle ne répond à aucun moment Shéhérazade.

Les personnages ont perdu toute leur essence (et pour moi leur intérêt). Shéhérazade de Captive est un personnage attachant mais si on la compare avec la Shéhérazade du livre original, elle me paraît très fade. En effet, Shéhérazade n’a pas besoin de briller en montrant sa dextérité pour manier des armes, ni  de répondre avec de la repartie pour se faire remarquer. Elle est plus subtile, ce qui l’a fait briller c’est son intelligence, son érudition et sa vivacité d’esprit. Sa détermination également. Chose que sa jumelle n’a pas quand on lit le synopsis puisqu’elle n’atteint pas son objectif contrairement à la véritable Shéhérazade.

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Je crois que le point qui m’attriste le plus est de me rendre compte que l’écrivaine ne s’est pas imprégnée de l’histoire originale alors comment proposer une réécriture de quelque chose que l’on connaît peu ? 

J’ai malgré tout passé un bon moment avec ce livre. L’histoire est bien construite, l’écriture de l’auteure est totalement louable, les personnages, si on évite toutes comparaisons, plutôt sympathiques dans leur ensemble. Le point noir est qu’on vend ce bouquin comme une réécriture alors que, pour moi, ce n’en ai pas une, loin de là… Au final, je pense me consoler en continuant la saga des Chroniques lunaires de Marissa Meyer qui, pour moi, sont l’exemple parfait de réécritures de qualités gardant l’essence des contes mais en y apportant des éléments novateurs qui donnent aux lecteurs un nouvel éclairage sur des histoires qu’il connaît déjà.

Et vous, qu’en avez-vous penser si vous l’avez-lu ? Cette lecture vous tente-t-elle ? 

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