[CHRONIQUE LIVRE] TRISTAN ET YSEUT // BEROUL (traduction de Daniel Poirion)

Résumé 

Pour reconstituer l’histoire des deux amants les plus célèbres de la littérature, il a fallu plonger aux origines de la légende, qui serait apparue autour du VIIe siècle, et rassembler les fragments de poèmes du XIIe, ceux de Béroul, de Thomas, puis de quelques autres.

Ainsi nous est parvenue, ici interprétée par le poète Pierre Dalle Nogare, l’incomparable  » estoire  » de Tristan et Iseut, victimes d’un philtre magique et unis par une passion fatale. Amour, destruction et mort, le mystérieux breuvage scelle un destin tragique. Car Iseut la Blonde est mariée au roi de Cornouailles, le généreux Marc, et Tristan, pour tenter d’échapper au destin, épouse Iseut aux blanches mains. Et la légende est magnifique. Car la geste de Tristan, émouvante et terriblement humaine, n’est rien d’autre que la première version de l’éternel roman de la passion illégitime et impossible.

Mon Avis

Avant de commencer, petite précision, j’ai écrit que l’auteur était Béroul mais c’est un peu plus compliqué. C’est un mythe et, à dire vrai, on ne peut accorder la paternité de ce récit à personne précisément.  Pour pouvoir reconstituer l’histoire telle qu’on la connait aujourd’hui, il a fallut faire un bon nombre de recherche dans les textes anciens. Béroul, poète normand du XIIé siècle est à l’origine d’une des nombreuses versions qu’ils existent de cette légende. On a la chance d’avoir pu retrouver un manuscrit racontant son propre récit (puisqu’à l’époque c’était avant tout un récit oral). Il est aujourd’hui conservé à la BNF. Ce livre est consacré à la traduction de ce manuscrit en particulier. Cependant, il a été abîmé par l’humidité et quelques mauvais traitements. En conclusion, nous possédons deux parties de l’histoire conté par Béroul sans avoir ni la fin, ni lé début et il manque certains vers. Pour compléter, les chercheurs ont du recouper ce manuscrit avec ceux de Thomas d’Angleterre et du poète Eilhart von Obergepour produire une version plus complète et étoffée.

Tristan et Iseult par Hugues Merle peintre français du XIXé siècle. Représentation intéressante car elle reprend une scène précise du mythe. Quand Tristan donne à Yseut son chien. Symboliquement, cet animal a comme signification la fidélité.

Ce petit point technique passé, parlons un peu de cette légende en elle-même. Je connaissais déjà Tristan et Yseut par le biais d’une autre réécriture. Ici, l‘intérêt était de découvrir comment il était raconté au Moyen-Age. 

Le texte est divisé en 2 parties : la 1ère est pleine de rebondissements, d’actions. Tout s’enchaîne très vite. Puis, nous arrivons à la deuxième partie bien plus calme où le rythme ralentie d’un coup. J’avoue avoir une préférence pour la première partie car j’aime quand tout se bouscule ^^

L’une des représentations les plus connues des amants mettant en scène le motif courtois. Peint par Blair Leignhton en 1902. C’est l’une de mes préférées ^^

Cependant, dans la deuxième partie réside la différence fondamentale de la version de Béroul aux autres : la psychologie des personnages. Chaque rôle y est bien plus développé et Béroul s’efforce d’illustrer toute la complexité de chacun.

Par exemple, le personnage de Marc, qui dans ma première lecture du mythe ne m’avais pas laissé un souvenir très fameux… Là, je l’ai totalement redécouvert. Sa position est bien plus compliquée qu’il n’y parait en tant que roi mais aussi mari bafoué.

Le personnage dYseut bénéficie, là encore, d’un traitement particulier. C’est un personnage féminin avec une force de caractère impressionnante pour l’époque (rappelons que la femme faisait extrêmement peur au Moyen-Age tout de même…). Elle est maline, fine diplomate. Elle arrive à utiliser le dialogue pour arriver à ses fins, toujours en douceur. Sa beauté est loué tout au long du récit même sil y a assez peu de description d’elle au final (à part sa chevelure blonde et ses yeux gris, on sait peu de chose !). Nous avons la chance d’avoir accès à ses pensées intérieures dans cette version qui donne bien plus de profondeur à son personnage.

Tristan et Isolde par Waterhouse (1916) Représentation des deux personnages buvant le philtre d’amour.

Tristan est fidèle à lui-même. C’est le héro mythologique par excellence certainement inspiré d’un Thésée ou d’un Hercule avec l’influence courtoise en plus puisqu’il est chevalier. Fort, il inspire la crainte de tous mais il n’est pas particulièrement malin : cet aspect là est plus réservé à Yseut ce que je trouve très sympa ^^

Rogelio de Egusquiza, Tristan et Isolde (la Mort) Tableau moins connu. Cependant, je trouve la composition très belle.

Enfin, j’ai adoré relire certaines scènes que j’adore (comme la scène de la fontaine par exemple). Tout comme retrouver des personnages connus de tous : le Roi Arthur, Yvain, le chevalier … Selon moi, c’est l’une des histoires les mieux construites qu’il m’ait été donné de connaitre. Surtout quand on pense que c’est d’abord une histoire véhiculée de manière orale …

Pour Conclure

Une belle relecture. Je suis heureuse d’avoir pu découvrir la version de ce poète normand. De plus, l’édition possède de nombreuses annotations très enrichissantes et un dossier en fin de livre avec beaucoup d’informations complémentaires !

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